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Avec talent et sensibilité, Dominique Monnier-Saget explore
l’univers infini de la ville, un travail où la vie s’insinue, en douceur, dans
un monde de béton. En regardant la ville, Dominique Monnier-Saget voit des
paysages. De la vie et du mouvement certes, mais aussi des horizons, par-delà
les immeubles, entre les boulevards. Cette ville, elle l’observe longuement,
le soir, du balcon de son appartement : situé au dixième étage, il offre une
vue superbe sur Paris. Elle habite ici depuis plus de vingt ans. A ses pieds,
le métropolitain aérien semble ouvrir une brèche entre les immeubles : « j’y
vois des perspectives qui me rappellent les paysages de montagne de mon enfance
». Ainsi, pour qui sait la contempler, la ville a ses lignes de fuite, ses échappées
belles. « Elle est ouverte, pleine de fenêtres, la ville incite au voyage.
» Et puis Paris offre aussi sa variété au promeneur : « Du quartier du Marais
à la Très Grande bibliothèque, j’ai l'impression de me balader dans le temps
et dans l’espace. » Pour autant, le travail de Dominique n’a rien de naturaliste.
Elle ne s’occupe pas de reproduire, sur modèle, ce qu’elle voit. Il ne s’agit
d’ailleurs pas de Paris en particulier, mais du monde urbain, passé au filtre
des émotions de l’artiste. Toujours en mouvement, avec la lumière changeante
du jour, la brume de pollution, la ville offre des instants de poésie, des visions
presque insaisissables tout en reposant sur une présence matérielle très forte.
Pour retranscrire ses sensations associées au monde urbain, Dominique travaille
dans l’épaisseur, superposant les couches, utilisant parfois de vieilles ardoises
comme support. « je tiens à ce que mes tableaux aient une présence physique.
Elle est synonyme de réalité pour moi. » Elle a abandonné le chevalet pour
le travail à plat. Sous l’œil de Colombin, sa colombe, elle positionne sa toile
au sol et se place au dessus. Sa vue est alors plongeante, ce qui se retrouve
dans la majorité de ses tableaux. « C’est un travail très physique, presque
un corps à corps avec la toile. » explique-t-elle. Parfois, son œil s’approche
d’une fenêtre. Et voici un gros plan. Une fois la toile terminée, le regard
du spectateur, lui, aura mille lieux où s’enfuir, où faire courir son imagination. Tout
est suggéré avec délicatesse. En général, Dominique Monnier-Saget tente de contenir
dans un cadre les traces mouvantes de la vie urbaine. Parfois, elle en sort,
œuvrant sur des grands formats verticaux, des toiles qui se déroulent et qui
n’ont pas besoin de cadre. Elle qui avait retenu sa soif de création pendant
une quinzaine d’années, laissant la peinture de côté pour un métier plus classique,
se jette désormais dans son art avec bonheur. Exigeante avec elle-même, Dominique
fait constamment évoluer son travail. Une raison de plus pour la suivre.
Thierry BRUNEAU : « Les horizons de la ville »
Art et Décoration, Janvier Février 2004
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